Bref historique

La ville de Dorohoï est parmi les plus anciens habitats urbains dans la région de la Moldavie. Les preuves d’habitation dans cette région datent depuis le Paléolithique même, l’époque la plus ancienne de l’histoire de l’humanité, époque où les principaux outils étaient en pierre taillée. Les archéologues ont y découvert également des monnaies très anciennes, du temps des Daces – IIIe siècle av. J.- C., des monnaies en bronze datant de l’époque des empereurs Vespasien et Justinien, tout comme d’autres vestiges archéologiques d’une grande valeur.

En ce qui concerne le nom de la ville, conformément aux recherches étymologiques, c’est un nom roumain, mais d’origine slave. Il proviendrait soit du terme “doroga”, signifiant dans le slave oriental route ou voie, soit de “dorogo”, avec les sens “cher” ou “précieux”. De même, sur le territoire de l’actuel Dorohoï avaient jadis habité de nombreuses familles portant des noms tels de Dorohoncea et Dragus, ce qui autorise les étymologistes à considérer que le nom est, réellement, de souche slave et qu’il dériverait du nom de l’un des fondateurs de la localité, tout comme dans la légende qui affirme que le nom de Bucarest, capitale de la Roumanie, vient du nom d’un laborieux berger, appelé Bucur.

La première mention documentaire de Dorohoï remonte jusqu’au XVème siècle même. À savoir, le 6 octobre 1407, le prince régnant de la Moldavie, Alexandre Le Bon, conclut à Lviv, en Ukraine, un traité avec le roi de la Pologne, Ladislas Jagellon. Plusieurs grands boyards y ont participé, dont Mihail Dorohoianul, considéré comme le fondateur de l’organisation administrative de Dorohoï.

Une année plus tard, Dorohoï allait être reconnu comme douane pour les maquignons qui transportaient vers l’Ukraine des chevaux roumains, fort appréciés même au-delà des frontières.

Peu après, la ville devient le centre administratif de la Moldavie de nord. Ce prestige attire quand même, au début du XVIème siècle, des envahisseurs polonais et tatars qui ont tout mis à feu et à sang.

Bien que l’histoire lui soit défavorable, la ville ne se rend pas. Elle renaît, encore plus prospère, reconstruite en 1568 pour ensuite devenir la résidence du gouverneur (« vornic ») du Haut-Pays, jusqu’en 1778. Pendant plus de deux siècles elle fonctionne, du point de vue administratif, en tant que district, et à la suite de la réforme administrative moderne sous le règne du Prince Cuza, Dorohoï obtient le rang de département. Avec l’instauration du régime communiste en Roumanie, par la réorganisation administrative-territoriale de 1950, Dorohoï devient chef-lieu du district (« raion ») homonyme dans le cadre de la région Botoşani, et depuis 1952, toujours chef-lieu du district, mais dans le cadre de la région Suceava.

Il garde finalement le titre de ville dans le cadre du département de Botoșani, et en 1994 on l’élève au rang de municipe. On l’encadre dans la catégorie des localités de second rang, à savoir une localité à grande importance, jouant un rôle d’équilibre dans le réseau des localités. C’est un statut notable, comme d’ailleurs tout au long de son histoire, en temps de paix aussi bien que dans les temps durs, tumultueux.

Parmi les épisodes historiques mémorables, il convient de rappeler également la contribution et le sacrifice des habitants de Dorohoï dans la Guerre d’Indépendance, menée entre 1877 – 1878 contre les forces ottomanes. Le combat contre l’armée turque a représenté un grand pas en avant fait par le peuple roumain, un pas sans lequel la grande union ultérieure n’aurait pas été possible. En fait preuve le monument du héros national et local Nicolae Valter Mărăcineanu, témoignage du courage et du patriotisme. Ce sont des valeurs que nous évoque également le monument commémoratif situé devant la mairie, Ostaș în luptă (Soldat luttant), élevé en l’honneur des soldats morts pendant la première Guerre mondiale.

Un autre évènement qu’il faut mentionner c’est le pogrome déclenché le 1 Juillet 1940 contre la population juive de Dorohoï. Conformément à un rapport officiel, 53 Juifs, y compris des femmes et des enfants, ont perdu leur vie. La communauté juive affirme quand même que le nombre réel des Juifs tués a été beaucoup plus grand : environ 200 personnes. Même les survivants du pogrome ont subi de grands malheurs. On les a torturés, on les a dépouillés de leurs biens. Des destins brisés et des regrettables sacrifices humains. Ce fut un prix terrible à payer par une partie de la communauté de Dorohoï au nom de l’identité, des principes et de la foi.